Quelques morceaux choisis ...

 

Voici quelques extraits du livre l'Effet Chrysalide :

 

C’est la curiosité qui me sauva : je voulais comprendre. Connaître le sens de la vie qui semblait ne pas en avoir. J’aurais pu plonger dans la mort. Mais je choisis de plonger en moi. Une spéléo vers mes profondeurs. Je mis les voiles pour un horizon intérieur, voguant dans un labyrinthe, un spi vers la psy. Une course en solitaire dans laquelle tout abandon est exclu.

Je poursuivis mon cap, vers l’horizon, cet inconnu ultime et permanent. L’angoisse était devenue douce et grisante. Je glissais seule sur cette mer devenue marine. Je jubilais de surfer sur ma peur avec la jouissance obstinée du cow-boy cherchant à dominer sa monture sauvage. L’animal apprivoisé, je pus revenir au club nautique avec la fierté simple de l’enfant qui n’a plus peur dans le noir, mais qui n’ose pas l’annoncer.

Le souffle coupé par un effroi intense, je ressentis pourtant l’idée d’une incohérence dans ma destinée. Cela ne pouvait pas m’arriver, à moi. J’étais dans une étrange intemporalité où la mort avait moins d’importance que l’impression prégnante d’un rendez-vous crucial, ressenti paradoxalement mêlé d’une incompréhension liée à une erreur d’aiguillage de l’espace-temps.

Je tournai la tête et vis alors par la fenêtre, sur le balcon au dessus de ma chambre, une silhouette tenant un couteau. Je n’oublierais jamais cette image hitchockienne. Tétanisée, j’éteignis la lumière et fermai tous les volets. J’entendis des bruits sourds martelant un mur. Était-il descendu avec un marteau pour faire une ouverture afin de pénétrer chez moi ? Il me fallut quelques minutes pour réaliser que c’étaient mes propres battements de cœur qui résonnaient en tambour dans le silence.

Le regard d’un Edgar s’égare, apparemment, pour des égards noirs à mon égard. Un écart qui fait exploser des avatars de remparts. Ce n’est pas un polar de gare. C’est un faire-part de nectar. L’art précieux de l’architecture de la vie.

Une essence précieuse, suintant des fissures de la montagne ébranlée. Une nébuleuse issue des profondeurs abyssales de mon être, densifiée en liquide salé. Cette émotion à l'état brut était liée à la sensation de percer un mystère obèse.

Par quelle araignée malicieuse la toile de la vie est-elle tissée ? Parfois il semble que des coups de pioche l’effilochent, mais avec le recul, les anicroches deviennent des broches de diamant pur et le design global paraît merveille, organisée avec tant d’intelligence et de perfection, à l’image de la nature de notre magnifique planète.

Siroter du pétrole et du gaz de schiste. Maso ? Être assis toute la journée, assis sur une branche qu’on grignote tout doucement et qui pourrait se fracturer. Schisme. Séparation. Ne faudrait-il pas cesser cette sécession ? Cette dissidence dissonante du bon sens ?

Et lorsque le terrain est favorable, il suffit d’une graine pour que le germe pousse et croisse, prenant racine dans un humus humain pétri d’un fort choc unique ou imbibé de répétées souffrances émotionnelles et psychologiques, conscientes ou inconscientes. Perte a-mère de re-pères. Parent de détresses tressées an par an dans un stress invisible. Nuisible privation des sens de la vie. Non accès aux valeurs essentielles de la vie. L’avis est sans ciel. Maux dépourvus de mots, souvent. Aveugle et sourd au mal. Muet à la douleur. Paroles paraissant vaines ou dépourvues d’accueil. Et le crabe est en marche sur la grève d’un corps qui fait grève et lutte parce que l’esprit n’a pas su comprendre. Le serpent double de l’ADN n’a pu transmettre son message qui n’a pas été décodé. Le code a des haines et tu meurs.  Ce qui est à l’extérieur se retrouve à l’intérieur… Lorsque la nature voit rouge, les bleus de l’âme font des vers au corps. Serpentesques.

Alors je m’étirai pour accrocher cet ignoble morceau de bois blanchi de magnésie, que je verdis de ma peur expulsée, l’agrippai de toutes mes forces, fermai les yeux, retins ma respiration et m’envolai en hurlant mes tripes et mon cœur.

En me rendant à Chichen Itza, alors que j’attendais un signe céleste, c’est une révélation terrestre que j’obtins, grâce aux fourmis travailleuses, se terrant enterrées dans la terre, pas dans l’éther…

Comment ôter la peur qui anime les hommes ? Peur auteur de tueurs de ce qui diffère. En s’y confrontant en conscience peut-être. En se forçant à observer ce qui génère la peur, on pourrait la démythifier. L’étrange serait connu, l’étranger compris, la peur évanouie ; les tueurs épanouis et mutés en lueurs.
Ce voyage à l’étranger, en quête de l’étrange, m’invitait à la traversée de peurs procurant quelques étincelles de joie. J’ignorais alors qu’elles étaient un prélude à une belle lumière illuminant ma vie.

Caressons nos lampes, câlinons notre esprit, cajolons notre cœur. Cherchons, et nous trouverons. Nous découvrirons notre génie, notre lumière, notre essence, notre sens qui donne sens : motivation et orientation. Car avant d’être un talent exceptionnel, il est le latin «genius», l’esprit qui préside à notre destinée. Celui qui existe, exécute et exauce, du fond de nos gènes. Générateur de vie, géniteur de joie. Nous avons tous du génie, il est simplement celé parfois. Le défi consiste alors à le déficeler en soi ou chez les autres, pour le trouver.

Certains ont la chance de l’évidence dès l’enfance, ou celle des coïncidences qui transforment et stimulent l’inné en acquis avec travail et persévérance. Et la compétence devient immense. Selon les circonstances, elle s’avance sur la scène de l’humanité et l’ensemence de sa substance encensée.

Edgar a du génie. Pourvoyeur de conflit ne devant rester confidentiel, catalyseur de chrysalides séquentielles révélant la beauté de la vie, il a été pour moi au cœur d’un processus de compréhension profonde sur le sens de l’existence. Acteur d’un parcours initiatique me libérant de certaines de peurs, il m’a ouvert les yeux sur le pouvoir de la prière, invitée à apaiser des douleurs. Artisan de guérisons, je veux croire que les soins dont il a pu bénéficier grâce aux conséquences de son geste à mon égard auront guéri ses propres maux et ouvert son regard sur son génie à lui, afin qu’il ne ressente plus l’envie d’agresser autrui. Au contraire, puisse-t-il s’épanouir, heureux, en voyageant sur cette planète.