Frédéric Cordiez

 

J’ai rencontré Frédéric il y a 13 ans. La première chose que j’ai vue de lui, c’est son sourire.
La deuxième : ses yeux, pétillant de joie de vivre.
Autour de ce sourire et de ces yeux, un jeune homme dont le corps physique est un défi, entravant ses mouvements et sa parole. Dans le jargon technique médical froid, Frédéric est IMC : infirme moteur cérébral.Pour certains, c’est une infamie de la vie.
Mais c’est en fait une
Infinie Mélodie du Coeur qui témoigne ici de son art de vivre, non sans humour...

Juste un art de vivre

Tout comme moi, tu es né en 1973, si je n'avais pas vu le jour, tu n'existerais pas. Notre rencontre fut sûrement chaotique pour mes parents, mais pas pour moi qui étais trop petit pour te voir et t'apprécier. Au fur et à mesure que je grandissais, je commençais à te découvrir. J'ai  très vite compris que tu serais toujours avec  moi, que je ne pourrais me séparer de toi. Partant de ce constat,  le seul moyen de nous entendre était de  continuer ensemble à composer la partition d'une vie qui promettait d'être riche et pleine de rebondissements. L'écriture de cette partition a démarré timidement,  mais jour après jour je voyais naître une symphonie bien organisée. Tu étais là pour me glisser quelques fausses notes qui me déséquilibraient et me faisaient bafouiller, mais j'arrivais toujours à les corriger  en apportant quelques arrangements que j'imaginais à la volée. Au fil des années cette symphonie s'est enrichie, malgré les fausses notes que tu glissais, nous avons réussi à créer une œuvre extraordinaire , avec toi à mes côtés, j'ai entrepris des études pour obtenir un BTS en informatique qui m'a permis de m'insérer dans la société.

Grâce à  toi, j'ai rencontré la femme de ma vie, avec qui j'ai fondé une famille, puis est venue une jolie petite fille, qui grandit près de nous sans remarquer ta présence, car pour elle il n'y a pas de différence, tu fais partie de la famille.

Toi que la société appelle handicap, je te considère plutôt comme une chance, un plus et une différence. 

Toi que la société appelle handicap, je te considère comme un art de vivre.

Au travers de cette aventure,  je m'aperçois, que toi, mon petit handicap, qui était censé me compliquer la vie, tu as fait tout le contraire. En effet, les fausses notes m'empêchant d'écrire avec un stylo comme tout être humain, m'ont obligé a trouver et a développer une autre façon de m'exprimer. Cette façon assez atypique, je l'avoue, est l'utilisation de mon nez, et sans faire de jeux de mots, j'ai trouvé cette manière d'écrire, un peu au pif. 

Cette facilité de m'exprimer m'a donné l'envie et la passion d'écrire.

Sans toi, je n'aurais jamais rencontré toutes  ces possibilités qui ont permis d'embellir ma vie et de comprendre qu'un handicap peut être le  catalyseur d'expériences extraordinaires, qui en font un art de vivre.

Frédéric, avec sa femme Véronique et sa fille Léna