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Témoignage de Nathalie

 

1988, j'ai 24 ans, j'attends un bébé, la grossesse se passe normalement jusqu'au 4ème mois. Puis un rhume, des courbatures, et des fatigues chroniques me font douter de plus en plus de mon physique… je n'arrive plus à me déplacer normalement et m'inquiète en voyant mes forces quitter mon corps. Tous les "ogues" neurologues, phlébologues, rhumatologues…de l'hôtel Dieux y sont passés, sans que personne ne trouve quel mal me ronge…, jusqu'à ce que mes jambes ne me portent plus… : c'est psychosomatique ! disaient-ils. A l'intuition de ce qui m'attendait et la peur au ventre, je préférais m'en remettre à leur science et leurs savoirs pour abdiquer en faveur du "psychosomatique". Une ponction lombaire mettra tout le monde d'accord et donnera raison à ma flamboyante intuition. Maladie auto immune, paralysante, syndrome de Guillain Barré pour ne pas la nommer. Mon corps s'est rapidement transformé en une grande poupée de chiffon désarticulée, une espèce de légume rare allongé, affublé d'une chemise américaine en coton jaune pâle griffée : "Assistance Publique", la classe quoi !!… Alors ce fut l'hôpital de Garches et l'accompagnement en réanimation vers mon accouchement pendant 4 mois… Puis le merveilleux s'en est mêlé et ce fut l'arrivée dans cet univers de douleur, de mon bébé, mon fils, mon petit corps tout rose plein de vie et de tiédeur douce. On nous attachait ensemble avec un drap pour que je puisse me délecter de son contact et de son indescriptible douceur chaude. Le souvenir parfumé de son petit crâne chaud sur mon nez et ma bouche, ne m'ont jamais quittée. J'y ai puisé toute la force qu'il m'a fallu pour rééduquer mon corps et mon mental, et chausser à nouveau ce corps qui entre temps était devenu celui d'une mère.

Il m'a fallu un an pour me retrouver debout avec des cannes, et un an de plus pour lâcher ces cannes… je n'ai jamais retrouvé l'usage de mes pieds, et marche depuis lors avec difficultés. Comme une région dévastée après une tempête, la vie reprend inexorablement son cours, elle s'adapte, se transforme et se change en fonction des nouveaux éléments, des nouvelles donnes…
Pendant cette période, j'ai aussi perdu ma mère… et mon père. Et ENFIN, enfin ma fille adorée est arrivée, comme une évidence, comme un papillon sorti de sa chrysalide annonçant la renaissance avec la grande mission de repeupler la terre de mes amours. Mes repères ont été totalement transformés, après cet ouragan je n'étais plus vraiment moi même, j'avais perdu mes repères fondateurs, mes parents, mon corps solide et fort et devais être à mon tour le repère fondateur de mes deux enfants.

J'ai 50 ans, et je regarde la vie que j'ai traversée avec du recul. Le temps qui déroule tranquillement sa pelote réponds à tous les "pourquoi moi ?" que l'on se pose, il balise et éclaire le chemin que l'on a traversé de façon à pouvoir le regarder sous un autre angle. Il parait que c'est la sagesse… et l'on comprends alors les sois disantes injustices de nos vies. Sans aller trop loin dans une psychanalyse de comptoir, je sais aujourd'hui pourquoi mon corps s'est arrêté.

Je sais aussi, que ma vie n'aurait jamais été la même sans ce passage en enfer… avec mes difficultés à marcher, je me devais de réajuster professionnellement le tir, et trouver un métier épanouissant et passionnant à exercer : assise. Dans mes aptitudes personnelles, je ne trouvais qu'une certaines fougue créative, non canalisée qui me caractérisait depuis presque toujours, mais comment traduire cela professionnellement… et assise? Le Tsunami de l'informatique était encore balbutiant dans les années 90, j'ai pourtant réussi à trouver ma place dans une école de graphisme dans laquelle j'ai été formée pendant 3 ans. En 2000, j'entrais dans une agence communication, et rencontrais ce métier qui me porte et m'apporte tant de bonheur et d'équilibre.

Il est la pépite d'or qui se cachait derrière cette épreuve, car sans paralysie, pas de station debout pénible, sans station debout pénible, pas de recherche de carrière assise, et sans recherche de carrière assise pas de graphisme à l'horizon dans ma vie : Impossible… Ce métier et la passion qui l'accompagne me nourrit tous les jours depuis toutes ces années, si je l'ai rencontré au prix de ce que j'ai perdu pour le trouver… c'est une énorme récompense,… j'y ai gagné aussi cette faculté du rien n'est jamais grave… beaucoup de patience, l'amour de la vie, la signification des épreuves, l'écoute contemplative de l'invisible si bavard … et une attitude positive en toute circonstance.

Les lois de la nature ou de la physique sont régies par des règles simples et de bon sens, la vie et les chemins de vie ont aussi leurs lois simples et de bon sens.

Comme Archimède et son : "Tout corps plongé dans un liquide subit de la part de celui-ci, une poussée exercée du bas vers le haut, et égale, en intensité, au poids du liquide déplacé."  J'ai aussi mon crédo : "il n'y a pas d'épreuve derrière laquelle ne se cache pas l'occasion de changer ou d'améliorer quelque chose. Le changement à opérer est proportionnel à la difficulté à la dépasser".

NH

Charlotte, je t'embrasse, merci de m'avoir donné cette occasion de mettre des mots choisis, sur cette période assez incroyable de mon parcours.
Maintenant je trouve que c'est certainement un peu long… mais difficile pour moi de faire plus court…

Bisoussss

Ca fait du bien… merci

Nath

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